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samedi 29 mai 2010

Le malade mental


Suivant la recommandation de deux touristes dans l'autobus de Phonsavanh à Vang Vieng, le choix de l'hôtel à Vang Vieng s'arrêta sur Le Jardin Organique.

L'emplacement idéal: au bord de la rivière et le balcon de la chambre donne directement sur les immenses et majestueux pics karstiques qui caractérisent la région. Le décor parfait. 50 000 kips pour la chambre; le tarif est excellent.

Tout semble parfait, sauf une chose... le personnel ne semble pas des plus sympathiques. Au contraire, faire faire la visite de la chambre semble une corvée pour la femme du propriétaire. Bof, rien de grave. Et le propriétaire, lui? Un gros air bête qui ne sourit pas et qui donne du fil à retordre aux employés qui travaillent à la construction de nouvelles unités. Bof, rien de très grave.

Sauf qu'il y a un pas entre être un gros air bête qui ne sourit jamais et qui sait répond à peine à votre salut et devenir un fou furieux qui ferait passer pour un petit chaton tout inoffensif l'Enragé qu'est Michael Douglas dans le film du même nom... Malheureusement pour moi, le pas à franchir, ce débile à insérer dans une camisole de force l'a franchi avec ses grosses bottes sales pleines de boue. La victime de cette crise magistrale, moi... évidemment.

Après la quatrième nuit passée au Jardin Organique, il est temps de quitter les lieux pour se rendre à Vientiane, prochaine destination sur l'itinéraire.

Deux compagnons de voyage hollandais rencontrés à Phonsavanh et habitant au même hôtel me racontent qu'ils ont réussi à faire passer le prix de leur bungalow de 80 000 à 65 000 kips la nuit... tout en ayant promis aux propriétaires de rester trois nuits, de payer pour la lessive et d'acheter des bières et autres boissons...

Pas vraiment l'intention de faire baisser le prix de 15 000 kips la nuit, mais si je suis capable de faire baisser le prix de 5000 kips la nuit, je serai ravi. Après tout, le marchandage est de coutume en Asie. Même dans les hôtels et il m'est même arrivé à quelques reprises de me voir offrir un rabais par les propriétaires sans l'avoir demandé.

Au moment de sortir les billets, je demande à la femme si elle peut baisser le prix de la chambre, tout en insistant sur le fait qu'ils ont offert un rabais à mes compagnons hollandais. Je m'attendais à un oui ou à un non. Pas à un non suivi d'excuses débiles du genre: ils n'ont pas la télé et la climatisation (euh... moi non, plus). En Asie, le marchandage se fait généralement avec le sourire parce qu'il s'agit d'un jeu. Mais là, ce n'est pas un jeu du tout. La femme au sourire bien enfoncé entre ses deux fesses crie non, non, non à tue-tête, gesticulant et ayant l'air de plus en plus bête à chaque seconde. C'est beau, c'est non, j'ai compris. Pas besoin de me faire votre plus belle imitation de Godzilla.

Je tends les billets. Maintenant, c'est combien pour les deux yaourts et les biscuits? 22 000 kips, comme d'habitude. Non 26 000 kips. WTF 26 000? 12 000 pour le biscuits et 10 000 pour les yaourts? Non, 14 000 pour les yaourts? WTF? C'est le troisième matin en ligne que j'achète les yaourts à 5000 kips... pourquoi 7000 kips ce matin? En plus d'avoir la bonne humeur d'un 45 gallons de bouze de vache, t'essaies de me faire avaler que l'inflation a fait grimper de 40% le prix des yaourts dans les 24 dernières heures.

Madame, les yaourts sont 5000 kips partout en ville. Non, non, non, c'est 7000 kips.

Ok, grosse folle. Je vais tout simplement aller acheter ma bouffe ailleurs. Je prends les yaourts et les remets dans le frigo. Et je prends les biscuits et les lance sur l'étagère. Erreur fatale de ma part, parce que c'est à ce moment que Hulk arrive dans la mêlée.

Hulks se met à m'engueuler en laotien et à taper sur le congélateur situé à côté de la réception. Une, deux, trrrrrois.... comme à la lutte... Les tapes sur le congélateur fusent pendant que les insultes pleuvent.

-Easy tiger... on se calme. Donnez-moi mon reçu pour la chambre et je vais fouttre le camp au PC.

Le choeur se poursuit. Pendant que la femme me dit que je suis le pire client sur la terre (ses arguments sont un peu flous, je ne pourrais les détailler), Not so easy Tiger prend son cahier d'invités et me crie : "How many nights, how many nights???"

- Euh, quatre, monsieur, dis-je en commençant à élever la voix.

- No good. People stay here one month and don't ask for discount (à voir comment vous réagissez quand on vous demande un rabais, on se demande bien pourquoi les gens ne demandent pas de rabais... et en passant, monsieur, vous avez un peu d'écume sur le bord de la bouche)

C'est beau dude, pas de rabais. Mais la colère du tigre se poursuit. Après avoir lancé son cahier sur le livre, Hulk prend deux bouteilles de bière pleines et fait semblant de me les lancer par la tête. Une, deux, trrrois... Quel calisse de fêlé!

Je n'ai aucune idée si le gars va vraiment me lancer les bouteilles, mais je baisse la tête. Je commence à avoir la chienne. Je recule. Plus je recule, plus il avance avec ses deux bouteilles à la main. Il refeinte de lancer les bouteilles à nouveau. Je recule encore... il va bien finir par en lancer une.

La femme ne sait plus où donner de la tête. En même temps qu'elle tente de calmer son mari, elle me crie que je devrais avoir honte d'avoir lancé les biscuits sur la tablette parce que les Laotiens ne font jamais ça...

Suis-je donc bête. Total manque de civisme de ma part. C'est pas beau de lancer des biscuits sur une tablette, c'est bien mieux de crier après un client et essayer de lui lancer des bouteilles de bière par la tête... Calisse d'épaisse, veux-tu vraiment qu'on réévalue ton échelle des trucs graves vs pas graves pendant que ton mari a encore deux bouteilles de bière dans les mains?

Le géant vert dépose les bouteilles dans la caisse et recommence à taper sur le congélateur en criant parce que je n'ai pas voulu lui acheter de billets de bus, préférant le faire en ville auprès d'une dame sympathique (la dame vendait tout simplement ses billets moins cher que Hulk et quand je lui ai dit que je lui achèterais le billet s'il me le vendait au même prix que la dame, il avait paniqué). Maintenant, il est en rogne à cause des billets. Dude, on appelle ça le capitalisme et la liberté du consommateur. Pas de problème à ce que tu vendes tes billets plus cher qu'ailleurs, je vais simplement les acheter ailleurs. Mais ça, Not So Easy Tiger n'aimait pas ça. Il gueule, gueule, gueule.

Et il s'avance vers moi. Il me pousse avec ses deux mains. J'ai encore plus la chienne. Le gars est un peu trop violent pour moi. Ma banque de patience est à zéro. Je crie à mon tour: "touche moi encore juste pour moi, gros cave, que j'appelle la police. Touche moi juste une autre fois pour voir".

Le gars lève les deux poings comme un boxeur. Sa femme crie pour le dissuader de frapper un de ses clients. Je reste devant lui. Le gars baisse les bras après quelques secondes (je vois que sa cellule du bon-sens vient de se réveiller dans son cerveau), retraite derrière le comptoir et continue à m'engueuler en laotien.

Je suis hors de moi. Je continue à défier le malade mental. "Envoye gros épais, frappe-moi, frappe-moi juste une fois. J'aimerais bien voir ça". Le scénario était déjà fait dans ma tête: un bleu sur mon visage et c'est la plainte à la police et à l'ambassade du Canada.

Je quitte la scène. Mon "fuck you ass hole!" est bien senti, bien puissant et bien profond. Le sien aussi. Mais je m'en fous. L'important est que le malade mental ne m'ait pas mordu... après tout, je suis vacciné contre la rage animale, mais je ne crois pas que le vaccin soit assez puissant pour contrer les morsures de ce malade mental.

PS: Idéalement, vous éviteriez cette histoire et vous n'iriez jamais donner votre argent aux deux fous furieux du Jardin Organique à Vang Vieng. Conseil d'ami.

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