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mardi 25 mai 2010

Les moineaux modernes


J'avais déjà vu plusieurs jeuns moines au Laos, notamment à 5:30 AM dans les rues de Luang Prabang, quand ces jeunes étudiants en robe orange déambulaient en ville en acceptant les offrandes des passants sur le trottoir avant de retourner dans les temples pour étudier.

Rituel très intéressant et instructif sur la vie de ces jeunes personnes malgré l'heure des coqs.

Mais je n'avais jamais rencontré le jeune moine dans son environnement de travail, d'étude, de prière... ce que je fis pour la première fois au Wat Okat Muang Ngoi dans le village de Muang Mgoi Neua dans le nord du Laos.

Nous entrons dans un bâtiment adjacent au temple. Cinq moines d'environ 12-14 ans sont assis au sol sur des coussins. Je les imagine déjà en train d'étudier les écrits des Descartes, Marco Polo, Einstein, Michel Louvain...

Oups! Non! Pas vraiment! Ces futurs Dalai Lama sont plutôt en train de jouer aux cartes et de fumer la cigarette...

Bienvenue du 21e siècle!

jeudi 13 mai 2010

Aller voir Ho Chi Minh... comme à la maternelle

Aller voir le mausolée d'Ho Chi Minh, ancien chef d'état et héros de la libération du joug colonial au Vietnam, est un must. Techniquement, rien dans la vie n'est un must. Mais payer une visite à la dépouille de cet homme qui représente tant pour les habitants de ce pays fait en quelque sorte partie du pèlerinage obligé à Hanoi.

Qui dit Ho Chi Minh dit communisme et politique. Et qui dit communisme et politique dit ordre, autorité et droiture.

En un mois au Vietnam, je n'avais pas vraiment été en contact avec les instances publiques, politiques, communistes. Mais quand vous visitez le mausolée d'Ho Chi Minh, vous retombez en plein dedans, la face première.

Ici, c'est l'ordre et la rectitude à leur extrême. Pas un cheveu qui dépasse, pas un pas à côté du rang. Ici, les règlements sont appliqués et exécutés, pas interprétés. Sinon, le fouet arrive à la vitesse de l'éclair.

Le plus drôle (et je pense que c'est ça qui me fascine le plus des pays communistes), c'est que dans la rue, dans la vie de tous les jours, c'est un peu le bordel et le chaos: les piétons qui traversent la rue partout sauf aux feux de circulation, les motos qui roulent en sens inverse et qui dépassent dans des endroits interdits, les motos et les voitures qui se stationnent sur le trottoir, les klaxons à l'infini. Bref, toutes ces petites choses qui font que l'on adore l'Asie et que l'on voudrait y passer notre vie.

Oups, on s'éloigne un peu... Donc, retour à HCM.

L'instant d'un heure, je suis retombé en enfance... quand on faisait des sorties à la petite école avec Thérése, la maîtresse "faticante" qui n'arrêtait pas de crier quand on faisait quelque chose qui ne faisait pas son affaire. Au mausolée, des Thérèse faticantes, il y en a au moins 75. Ce sont les petits monsieurs en habits officiels.

Devant le mausolée, il y a un immense terrain en pelouse (genre 10 terrains de football). Partout, il y a des pancartes "keep off grass". Comme la pelouse est quadrillée d'un réseau de bandes pavées, le réflexe normal est de se dire: ne pas marcher sur la pelouse pour marcher sur les bandes pavées.

Erreur fatale! Environ quatre secondes après avoir commis ce crime contre l'humanité d'avoir mis le pied à l'intérieur du terrain en pelouse (sur les bandes), trois sifflets se font aller le tut, tut, tut! Et trois paires de bras paniqués s'agitent pour me dire de sortir de là au plus sacrant... un peu plus et le swat arrivait en hélico pour m'abattre.

- Oui, mais je ne marche pas sur le gazon
- Tut!
- Oui, mais c'est écrit de ne pas marcher sur le gazon, mais pas sur la bandes.
- Tut!
- Oui, mais...
- Tut!
_ Oui, mais si vous ne voulez pas que les gens marchent sur la pelouse, pourquoi vous ne mettez pas une clôture?

NDLR: Ici, Sven n'a rien compris. La logique voudrait qu'une clôture règle l'épineux problème du droit de passage sur le "holy grass". Mais avec une clôture, on prive six personnes d'un travail rempli de défis et de dépassement personnels. Faire tut! avec un sifflet et protéger un bout de tourbe.

Après avoir marché 10 minutes pour faire le tour de la pelouse, c'est l'heure de faire la file à l'extérieur. Je respecte les règles: pantalon long, pas de camisole, pas d'appareil photos, pas de téléphone portable, les mains à l'extérieur des poches. Mais un autre sifflet se faire aller le tut, tut, tut! Cette fois, le crime est encore plus grave. Pas 100% dans le rang, l'épaule dépasse un peu celles des perosnnes devant (genre 8 pouces trop sur la droite). Crime de lèse-majesté! On exécute, on rentre dans le rang, le petit monsieur est content.

Le groupe entre dans l'édifice qui abrite la dépouille de HCM. Je commence à paranoïer, je veux être bien sûr de respecter les règles. Les gardes en blanc sont les gardes suprêmes et prennent leur rôle très au sérieux. Je fais particulièrement attention à mes mains... surtout pas dans les poches.

Soudain, Thérèse Nguyen sort le bras et pointe mes mains. Quoi, mes mains? Ah zut, elles sont derrière mon dos. Chez HCM, les mains doivent être sur le côté. Three strike, you're out! Mais ou avais-je la tête? Je suis d'une indiscipline parfois...

C'est donc les mains vissées sur le côté que j'entre dans la salle principale. La salle fait environ 7 mètres sur 7. Il y a 7 gardes dans la salle: quatre aux quatre coins du cerceuil et trois sur la plate-forme des visiteurs. Entre un Vietnamien et un Blanc, qui croyez-vous est plus scruté par les Thérèse? Le Blanc, bien évidemment. Les gardes n'ont d'yeux que pour le Blanc qui ne marche pas assez vite aux yeux d'une Thérèse. Plus vite... même si je suis environ quatre pieds derrière les visiteurs devant moi. Quatrième péché.

Oncle Chi, désolé pour tous ces impairs. Je ne voulais pas être un si mauvais élève. J'aurais tant voulu un sans-faute. Pardonnez-moi d'être un criminel invétéré.

Après avoir tant péché, je sors dehors. Des dizaines de gens se font prendre en photo dans la rue devant l'édifice. La rue est un large boulevard d'au moins six voies. Je fais bien attention pour ne pas me mettre entre les photographes et les groupes... j'ai fait assez de mal ce matin.

Mais qu'à cela ne tienne, je me fait retututer! Pour la 5e fois. Le garde n'est pas content, les bras s'agitent. Me niaises-tu calisse? Les mains sur le côté, il n'y a pas de file, donc pas besoin de marcher derrière tout le monde, je ne marche pas sur le gazon, je marche à la même vitesse que tout le monde.

Thérèse me pointe le trottoir. Faut marcher sur le trottoir.

- Mais il y a des dizaines de gens dans la rue. Pourquoi, moi, je dois être sur le trottoir?
- Tut! tut! tut!

Ben oui, j'ai compris, tut, tut, tut!

mercredi 12 mai 2010

Devenir maître dans l'art de dire non


Désolé pour ceux qui n'aiment pas les statistiques, je récidive avec des chiffres aujourd'hui. Et des chiffres sur la sollicitation à acheter dans les rues du Vietnam.

Sans dire que la sollicitation est insupportable, disons simplement qu'elle est omniprésente et constante... et que les "no thank you" dit avec le plus beau des sourires à 8:00 AM peuvent devenir un peu moins polis 12 heures plus tard quand vous avez passé la journée à dire non à tout bout de champ.

Encore une fois, pour vous donner les statistiques les plus précises possible sur le phénomène, j'ai risqué ma vie dans les rues de Hanoi. Défi du jour, comptabiliser le nombre de fois où j'ai été sollicité à acheter quelque chose entre 8:00 et 21:00, soit pendant 13 heures. Allons-y en ordre décroissant.

158: nombre de fois où j'ai été sollicité par un chauffeur de moto pour aller me balader avec lui.

107: nombre de fois où j'ai été sollicité par les chauffeurs de cyclo à monter à bord(conducteur pédale derrière alors que le client est assis devant dans un genre de demi-carosse.

83: nombre de fois où un vendeur ambulant a voulu me vendre de la nourriture.

52: nombre de fois où a voulu me vendre n'importe maudit cossin inutile dont je n'ai nullement besoin (faux guides Lonely Planet, jeux de cartes, briquets, éventails, casquettes,t-shirt, ballons géants gonflés pour enfants -- genre avec la face d'Hello Kitty... ça, c'est ma préférée... j'ai-tu vraiment l'air de quelqu'un qui a quelque chose à crisser avec un ballon Hello Kitty?)

40: nombre de fois où on a voulu me faire entrer dans un commerce quelconque (restaurants, bars, souvenirs, salon de massage, etc.)

8: nombre de fois où je me suis fait demander de faire cirer ce que j'avais dans les pieds... alors que je portais des sandales de plage (juste pour voir le gars essayer de cirer une lanière de plastique d'un pouce de large, je pense que j'aurais dû dire oui).

448 fois. En 13 heures, c'est presque 35 fois à l'heure... environ une fois à toutes les deux minutes.

Nombre de fois où j'ai dit non: 448! Une note parfaite! Comme dirait Rodger, pow! quelle saison.

lundi 10 mai 2010

Trottoir, trottoir... à quoi sers-tu?


Le concept du trottoir est relativement assez connu par des milliards d'être humains: une bande de quelques mètres de largeur surélevée de la rue pour permettre aux piétons de ne pas marcher sur la chaussée, en toute sécurité, à l'abri des voitures.

Évidemment, il y a des trottoirs au Vietnam. Mais à Hanoi et Saigon surtout, les deux plus grosses villes du pays, force est de constater que l'utilisation du trottoir aux fins exclusives des piétons n'est pas sur le point de faire l'objet d'un projet pilote.

Ici, l'endroit de la ville le plus vivant, le plus animé et le trottoir. Toute chose animée ou inanimée atterit un jour ou l'autre sur un trottoir. Vendeurs de tout acabit: nourriture, fruits, légumes, vêtements, souvenirs et n'importe quel autre cossin d'aucune utilité, tables, chaises et clients des milliers de restaurant de type boui-boui, surplus d'inventaire des magasins... et surtout des motos stationnées.

Mopette, zézette, mobilette, appelez ça comme vous voulez. C'est de loin LE moyen de transport le plus populaire ici. À Hanoi et Saigon, elles se comptent par millions. Après avoir passé environ deux semaines dans les deux plus grosses villes du pays, je dirais que 90% de toutes les zézettes sont stationnées sur les trotoirs.

Avec toute cette activité sur le trottoir, ce dernier devient parfois tout simplement impraticable pour le piéton.

Ne reculant devant rien, j'ai donc mis ma vie en jeu pour vous. Pendant 60 minutes, dans le vieux quartier de Saigon - centre névralgique de la ville avec son labyrinthe de rues et de ruelles où il est pratiquement impossible de se perdre :-) -, j'ai fait un test.

J'ai calculé le nombre de fois où j'ai dû descendre du trottoir et aller marcher dans la rue en raison d'un obstacle XYZ. Résultat de ma recherche scientifique: 53 fois. 53 fois en 60 minutes... et ça, c'est juste les fois où je suis descendu dans la rue... pas les fois où je suis remonté. 53, c'est 53 "allers-retours". Ça fait pas longtemps de la shot. En fait, le plus longtemps où j'ai réussi à rester sur le trottoir sans descendre: 47 secondes!

La preuve est faite, ici, ça ne sert à rien de marcher sur le trottoir. Allez hop, tous dans la rue. De un, vous irez plus vite du point A au point B. De deux (ici, je m'adresse plus aux gens aux prises avec un problème d'estime de soi), vous vous sentirez un être important parce que les motos et les voitures vont vous klaxonner environ à toutes les 13 secondes. Et de trois, vous aurez l'air plus "local" et moins touriste.

samedi 8 mai 2010

Les sentiers pas battus des pays de l'est


Comme le dit le proverbe: "T'as voulu venir dans les pays de l'est, ben t'es dans les pays de l'est." Dans le cas présent, ça devrait plus être: "T'as voulu sortir des sentiers battus, ben t'es dans les sentiers pas battus."

Et comme je voulais vraiment aller dans les sentiers pas battus pour mon périple à Mai Chau, région montagneuse à l'est de Hanoi où vivent plusieurs minorités, j'ai décidé de faire affaire avec Ethnic Travel, une compagnie qui se spécialise dans les tours de type pays de l'est.

Après trois heures de route sur la très spectaculaire route Hanoi - Mai Chau, nous prenons un embranchement à droite et nous amorçons notre descente sur une route de terre qui est probablement absente de tous les guides de voyage et toutes les cartes routières du pays. Nous nous enfonçons dans un solide trou. Et au cours des trois prochains jours, aucune personne à la peau blanche ne traversera mon champ de vision.

Peu importe que la qualité de la route laisse à désirer. Les petites maisons en bois sur pilotis éparpillées à gauche et à droite de la route à chaque 300 mètres et les champs de riz en escalier (ici, le riz sera récolté dans environ un mois, les champs sont d'un vert immaculé) accaparent toute mon attention.

Soudain, apparaît devant moi la majestueuse rivière noire tout en bas de la route. Le plan d'eau est immense et spectaculaire. Nous arrivons à la berge sans avoir croisé un autre véhicule sur la route de terre. L'endroit est désert, ce qui ajoute grandement au charme du trou.

Il n'y a pas de quai. Un bateau nous attend sur la berge à la terre orange-rouille. L'embarcation qui nous attend est dans la même palette: un beau rouille saignant. Il a des trous causés par la rouille sur le pont du bateau. Pas vraiment le type de bateau que l'on emprunte en croisière tout inclus... Va-t-on se rendre de l'autre côté? Le moteur du bateau est un moteau de tracteur reconverti en moteau à bateau, l'engin est un produit du génie du recyclage vietnamien! Pendant que le pilote tente tant bien que mal de faire démarrer son moteau de F1, je dois m'affairer à éloigner le bateau du rivage en poussant sur une tige de bambou dans la vase visqueuse et rouillée. De la vase à l'infini. Le bâton s'enfonce et s'enfonce. Le bout dans mes mains devient de plus en plus court. Je me rapproche dangereusement d'un beau triple vrille avec double saut périlleux arrière face première dans la vase quand le moteur se décide à partir...

La rivière et ses dizaines de bras/tentacules sont entourés de montagnes et il n'y a personne sur le plan d'eau. Seuls au monde. L'endroit est parfait pour avoir le silence absolu. Mais avec ses 130-135 décibels bien lourds, Godzilla, surnom donné au moteur, détruit un peu mon fantasme.

Dans les circonstances, la balade en kayak en après-midi cadre un peu plus dans la logique de l'endroit. Pendant deux heures, seul au monde sur cet immense plan d'eau, voguant d'un bras à l'autre à la découverte des rares traces de civilisation sur les flans de montagne.

Après une nuit dans la maison sur pilotis de l'habitant hmong, place à la découverte des champs de riz de Mai Chau en vélo de montagne. Champ après champ, lot plus vert que le précédent après lot plus vert que le précédent. À perte de vue. La vallée est entourée de formations karstiques.

Tata comme je suis, je me dis qu'il faudrait bien que j'aille marcher dans le champ de riz, pour admirer le tout d'un peu plus près. Chaque lot est séparé par une bande de pelouse sèche surélevée. Je marche sur une bande de pelouse entrecoupée, sur une distance d'environ 10-15 pieds, d'un trou de boue avec un peu d'eau. Après un premier pas facile, je tente une deuxième enjambée. Malheur, le terrain d'apparence solide cède sous le poids de mes 155 livres. Je cale dans la boue jusqu'à la cheville. No big deal, quatre autres pas et je suis sorti du bourbier. Calvaire. Le pas suivant est une catastrophe, je cale jusqu'à la mi-mollet sur la droite et ensuite sur la gauche. Je tente de me sortir de ma marde (sens propre et figuré). Je tire tellement fort sur ma jambe gauche que je perds l'équilibre et mets carrément le pied et la main dans les plantes de riz submergées. Je viens de tuer net, frette, sec au moins six plans. L'éléphant dans un magasin de porcelaine, c'est moi. Sauf que ça devrait plutôt être: le gros cave dans le champ de riz qui écrase les semences sur lesquelles les habitants travaillent depuis au moins trois mois.

Crotté comme un cochon, je réussis finalement à quitter le champ maudit. Je vais ensuite rejoindre mes proches cousins du règne animal, mes amis les canards, dans un trou d'eau sale (le seul dans les environs) pour essayer de faire disparaître les cinq livres de boue collées sur moi. Je rêve d'un savon... qui n'existe malheureusement pas dans mon espace-temps.

Après m'être décrotté (ne pas confondre avec laver... laver signifie être propre... dans mon cas, c'est plus enlever le surplus de marde), pourquoi ne pas se taper un trois heures de marche en montagne dans la jungle par 35 degrés? But de l'opération, traverser la montagne pour aller du village hmong à un village habité par des thai blancs (autre minorité de la région). Quelques mètres après avoir quitté le village hmong, nous nous enfonçons dans l'épaisse jungle. Bonne nouvelle, qui dit jungle dit arbres joufflus et beaucoup d'ombre. Mauvaise nouvelle, c'est probablement dans cette forêt que Dieu a créé le concept d'humidité il y a quelques milliards d'années.

L'ascension est constante et n'accorde aucun répit. Après 30 minutes de montée, je vis une première: j'ai tellement chaud que je suis désormais incapable de dire s'il fait chaud ou froid. J'ai perdu la notion de sensation à la chaleur. Mon corps vient de fermer la switch. Mais il vient d'en ouvrir une autre: celle de la sudation extrême. Je me suis transformé en robinet dégouttant par terre. Je suis capable de régler tous les problèmes d'apprvisionnement en eau sur terre avec ma sueur. La palette de ma casquette devient mon squeegee. J'enlève le surplus d'eau de l'intérieur de mes bras avec la palette de ma casquette. La rivière d'eau sur ma palette fait deux pouces de large par trois pouces de long. Je passe du bras gauche au droit à chaque dix secondes. Ma palette ne suffit plus à la demande. Mes avant-bras se remplissent d'eau en dix secondes. Je sens les goutelettes tomber le long de mes jambes et poursuivre leur chemin vers mes chaussettes et chaussures de marche encore bien boueuses. Chaque fois que je m'arrête pour boire de l'eau, c'est le même modus operandi et le même résultat.

N'allez pas croire que je n'apprécie pas la marche. Au contraire. De un, je suis sur le bord de me suer le pancréas par les pores de la peau; ça fait donc longtemps que toutes les toxines ont quitté mon corps. Et de deux, je sens tellement le Bas-du-Fleuve qu'il n'y a vraiment aucune chance que je me fasse piquer. J'ai une aura de puanteur de 15 mètres autour de moi. An insect-free zone, n'importe quand!

Réflexion de même alors que je suis sur le point de suer des ongles: le gars du village thai qui se fait demander "chez vous ou chez nous?" par une fille du village hmong dans le bar du village hmong a intérêt à répondre chez vous parce que l'envie de faire des bébés risque sensiblement de disparaître après avoir marché le sentier.

Nous arrivons enfin dans le village après trois heures de marche. Le niveau d'humidité n'a pas bougé d'un poil. Tous les chiens jappent après moi, ils sont tous agressifs. Probablement qu'ils n'ont jamais rencontré un être aussi puant. Mais il fait tellement chaud qu'ils n'ont même pas l'énergie de me courir après. La langue à
terre. C'est beau, j'ai compris. Je vais aller me laver et cacher mes chaussures de marche de sorte qu'aucun être vivant ne meure d'asphyxie au contact olfactif de mon mélange toxique.

J'ai initialement confiance qu'ils vont finir par sécher. Mais mon niveau de confiance chute radicalement quand je constate que je suis incapable de sécher après m'être lavé.

Après une deuxième nuit dans la maison de l'habitant, une autre splendide demeure au plancher de bambou où les invités couchent sur le plancher de la salle commune, nous reprenons la route à pied. But de l'opération, traverser d'autres villages thai et des millions de champs de riz. Encore une fois, la beauté du paysage (champs de riz à l'infini et maisons de bois dispersées dans les terres) est renversante.

Malheureusement pour moi, mes chaussures n'ont pas séché d'un poil au cours de la nuit. Ça fait un beau "squiche, squiche" quand je les enfile. Nous quittons le village à 8:00 AM. Le thermomètre oscille déjà autour de 30 degrés et il n'y a aucun nuage à l'horizon. Un soleil de plomb. Aucune brise whatsoever. Nous marchons dans un four. Nous passons d'un village à l'autre. Les habitants nous accueillent toujours avec le traditionnel "Xin Chao" (bonjour). Les buffles arrêtent de brouter la pelouse quand nous passons à leur hauteur et les canards se réfugient toujours dans les champs de riz quand ils entendent nos pas menaçants. Mais dans la troisième heure du pèlerinage, ces aspects hier si charmants perdent aujourd'hui un peu de leur attrait. Malheureusement.

Et contrairement à la veille, je ne sue pas. Avec ce soleil de feu, le tout s'évapore à une vitesse incroyable. L'eau, nous l'avons toute bue et aucun endroit dans les environs pour en acheter. Les crampes aux jambes s'en viennent inévitablement. Heureusement que j'ai ma casquette sale. Sans elle, c'est l'insolation à coup sûr. Même la guide vietnamienne, d'ordinaire si volubile, est silencieuse comme une tombe. Elle conserve ses énergies pour la marche... Chaque pas devient de plus en plus lourd. Ça y est, Sven va mourir d'un coup de chaleur.

Non, Sven ne va pas mourir. Intervention divine.

Je baisse le tête... wow, mes chaussures sont sèches! Et rewow, j'entends les klaxons des voitures. Nous sommes arrivés, le trajet de trois jours est terminé.

Quand recommence-t-on? Anytime!