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samedi 19 juin 2010

Mes nouveaux idoles


Tuktuk et motorbike. Deux mots qui résonnent, voire bourdonnent, dans les oreilles des touristes visitant l'Asie du sud-est. Vietnam, Laos, Cambodge, dès que vous mettez les pieds sur le trottoir, vous êtes assailli de toutes part de bruyants tuktuk, motorbike. Impossible d'y échapper.

Vous avez beau analyser le trottoir et essayer de trouver un chemin libre, vous vous ferez rattraper avec maximum 12 secondes. C'est comme si vous étiez au milieu de leur ruche. Le chemin est clair sur la droite, vite, on se dépêche... paf, vous êtes assailli sur la gauche. C'est tout juste s'ils ne descendent pas du ciel à la Spiderman pour vous demander d'embarquer dans leur véhicule.

Il y a quelques semaines, je vous avais parlé de l'hyper sollicitation dans les rues de Hanoi. En fait, c'était avant que je ne mette les pieds à Phnom Penh. Dans la capitale cambodgienne, il faut doubler la mise. Vous vous faites arrêter 125 fois dans une journée à Hanoi, à Phnom Penh, comptez un bon 250 fois.

Mais si on peut établir une comparaison au niveau de l'omniprésence de la sollicitation, on ne peut en établir une quant à l'attitude des dits chauffeurs.

Arrêtez tout début, c'est inutile, C'EST TERMINÉ! La médaille d'or revient aux chauffeurs cambodgiens. Ce sont ceuze-là les meilleurs. Leur attitude, leur bonne humeur, leur sourire contagieux (ce peuple est tout simplement extraordinaire et les mots Cambodgiens et sourire, bonne humeur et sens de l'humour risquent de revenir souvent dans mes prochains billets sur ce pays) en font les chauffeurs de tuktuk les plus adorables qui soit.

Personnellement, je ne suis pas très tuktuk, préférant de loin le vélo. De un, c'est plus économique. De deux, ça me garde en forme. De trois, c'est moins polluant. Facile de perdre patience et pas facile de toujours garder le sourire quand vous avez cinq personnes qui vous crient tuktuk en même temps.

Un bon truc pour garder le sourire est l'humour quand vous répondez au chauffeur. Et c'est là que les Cambodgiens torchent la compétition à plate couture.

J'ai essayé la blague autant comme autant au Vietnam et au Laos, sans trop de succès... en fait, sans aucun succès.

- Tuktuk, my friend?
- No sir thank you. I don't tuktuk. I walk walk and I bike bike. If I tuktuk, I become fat like big fat Americans.

Au Vietnam et au Laos, la blague ma valait à coup sûr une face d'envie de chier de la part du chauffeur. Il est où votre sens de l'humour, les mecs?

Parce que quand je fais la même blague ici, les éclats de rire sont instantanés. Quelques chauffeurs ont même enchaîné leur rire en se prenant la débaine à deux mains et en me disant : "yes, like me!" Wow, définitivement pas sur la même planète.

Neuf fois sur diz, la petite blague ayant brisé la glace, il se produit un phénomène vraiment étrange... paraît qu'ils appellent ça le contact humain... le chauffeur de tuktuk commence à parler avec moi.

Bien que je vienne de lui annoncer que je ne veux pas lui donner mon argent en retour de ses services, le chauffeur entreprend la dicussion. Et comme nous sommes en pleine Coupe du monde, ça jase souvent soccer. D'autres chauffeurs se joignent à la dicussion et le tout peut facilement durer cinq minutes.

Wow, des êtres humains qui se parlent tout simplement pour le plaisir de parler, d'échanger, d'en apprendre un peu sur l'autre. L'aspect argent et vente est évacué. On ne parle plus d'un chauffeur qui discute avec un touriste. On parle de deux personnes qui échangent tout simplement.

Et le tout se termine le plus souvent qu'autrement par une sincère poignée de mains et un énième sourire chaleureux.

Au Vietnam et au Laos, surtout au Vietnam, pays où je me suis plus senti comme un portefeuille que comme un être humain pendant un mois, 90% des discussions avec les chauffeurs se résument à ceci...

- Motobike, my friend?
- Réponse sur le gras et les Américains...
... Face d'envie de chier du chauffeur...
- Motobike, my friend?
- No thank you.
- Motobike, my friend?
- No thank you.
- Motobike, my friend?
- No, I'm good thanks
- Motobike, my friend?
- No I prefer to walk
- Motobike, my friend?
- No I think I can handle walking three blocks
- Motobike, my friend?
- ...
- Motobike, my friend?
- Motobike, my friend?

Sérieux, dude, quelles sont les probabilités que je te dise oui et que je change mon fusil d'épaule après que je t'aie dit non neuf fois en 20 secondes? Ma main au feu que ton cours de marketing et de service à la clientèle au CÉGEP, tu l'as coulé solide...

Définitivement pas sur la même planète. Et définitivement beaucoup de croûtes à manger avant d'arriver à la cheville de vos collègues cambodgiens, mes nouveaux idoles.

mercredi 12 mai 2010

Devenir maître dans l'art de dire non


Désolé pour ceux qui n'aiment pas les statistiques, je récidive avec des chiffres aujourd'hui. Et des chiffres sur la sollicitation à acheter dans les rues du Vietnam.

Sans dire que la sollicitation est insupportable, disons simplement qu'elle est omniprésente et constante... et que les "no thank you" dit avec le plus beau des sourires à 8:00 AM peuvent devenir un peu moins polis 12 heures plus tard quand vous avez passé la journée à dire non à tout bout de champ.

Encore une fois, pour vous donner les statistiques les plus précises possible sur le phénomène, j'ai risqué ma vie dans les rues de Hanoi. Défi du jour, comptabiliser le nombre de fois où j'ai été sollicité à acheter quelque chose entre 8:00 et 21:00, soit pendant 13 heures. Allons-y en ordre décroissant.

158: nombre de fois où j'ai été sollicité par un chauffeur de moto pour aller me balader avec lui.

107: nombre de fois où j'ai été sollicité par les chauffeurs de cyclo à monter à bord(conducteur pédale derrière alors que le client est assis devant dans un genre de demi-carosse.

83: nombre de fois où un vendeur ambulant a voulu me vendre de la nourriture.

52: nombre de fois où a voulu me vendre n'importe maudit cossin inutile dont je n'ai nullement besoin (faux guides Lonely Planet, jeux de cartes, briquets, éventails, casquettes,t-shirt, ballons géants gonflés pour enfants -- genre avec la face d'Hello Kitty... ça, c'est ma préférée... j'ai-tu vraiment l'air de quelqu'un qui a quelque chose à crisser avec un ballon Hello Kitty?)

40: nombre de fois où on a voulu me faire entrer dans un commerce quelconque (restaurants, bars, souvenirs, salon de massage, etc.)

8: nombre de fois où je me suis fait demander de faire cirer ce que j'avais dans les pieds... alors que je portais des sandales de plage (juste pour voir le gars essayer de cirer une lanière de plastique d'un pouce de large, je pense que j'aurais dû dire oui).

448 fois. En 13 heures, c'est presque 35 fois à l'heure... environ une fois à toutes les deux minutes.

Nombre de fois où j'ai dit non: 448! Une note parfaite! Comme dirait Rodger, pow! quelle saison.

lundi 10 mai 2010

Trottoir, trottoir... à quoi sers-tu?


Le concept du trottoir est relativement assez connu par des milliards d'être humains: une bande de quelques mètres de largeur surélevée de la rue pour permettre aux piétons de ne pas marcher sur la chaussée, en toute sécurité, à l'abri des voitures.

Évidemment, il y a des trottoirs au Vietnam. Mais à Hanoi et Saigon surtout, les deux plus grosses villes du pays, force est de constater que l'utilisation du trottoir aux fins exclusives des piétons n'est pas sur le point de faire l'objet d'un projet pilote.

Ici, l'endroit de la ville le plus vivant, le plus animé et le trottoir. Toute chose animée ou inanimée atterit un jour ou l'autre sur un trottoir. Vendeurs de tout acabit: nourriture, fruits, légumes, vêtements, souvenirs et n'importe quel autre cossin d'aucune utilité, tables, chaises et clients des milliers de restaurant de type boui-boui, surplus d'inventaire des magasins... et surtout des motos stationnées.

Mopette, zézette, mobilette, appelez ça comme vous voulez. C'est de loin LE moyen de transport le plus populaire ici. À Hanoi et Saigon, elles se comptent par millions. Après avoir passé environ deux semaines dans les deux plus grosses villes du pays, je dirais que 90% de toutes les zézettes sont stationnées sur les trotoirs.

Avec toute cette activité sur le trottoir, ce dernier devient parfois tout simplement impraticable pour le piéton.

Ne reculant devant rien, j'ai donc mis ma vie en jeu pour vous. Pendant 60 minutes, dans le vieux quartier de Saigon - centre névralgique de la ville avec son labyrinthe de rues et de ruelles où il est pratiquement impossible de se perdre :-) -, j'ai fait un test.

J'ai calculé le nombre de fois où j'ai dû descendre du trottoir et aller marcher dans la rue en raison d'un obstacle XYZ. Résultat de ma recherche scientifique: 53 fois. 53 fois en 60 minutes... et ça, c'est juste les fois où je suis descendu dans la rue... pas les fois où je suis remonté. 53, c'est 53 "allers-retours". Ça fait pas longtemps de la shot. En fait, le plus longtemps où j'ai réussi à rester sur le trottoir sans descendre: 47 secondes!

La preuve est faite, ici, ça ne sert à rien de marcher sur le trottoir. Allez hop, tous dans la rue. De un, vous irez plus vite du point A au point B. De deux (ici, je m'adresse plus aux gens aux prises avec un problème d'estime de soi), vous vous sentirez un être important parce que les motos et les voitures vont vous klaxonner environ à toutes les 13 secondes. Et de trois, vous aurez l'air plus "local" et moins touriste.

samedi 8 mai 2010

Les sentiers pas battus des pays de l'est


Comme le dit le proverbe: "T'as voulu venir dans les pays de l'est, ben t'es dans les pays de l'est." Dans le cas présent, ça devrait plus être: "T'as voulu sortir des sentiers battus, ben t'es dans les sentiers pas battus."

Et comme je voulais vraiment aller dans les sentiers pas battus pour mon périple à Mai Chau, région montagneuse à l'est de Hanoi où vivent plusieurs minorités, j'ai décidé de faire affaire avec Ethnic Travel, une compagnie qui se spécialise dans les tours de type pays de l'est.

Après trois heures de route sur la très spectaculaire route Hanoi - Mai Chau, nous prenons un embranchement à droite et nous amorçons notre descente sur une route de terre qui est probablement absente de tous les guides de voyage et toutes les cartes routières du pays. Nous nous enfonçons dans un solide trou. Et au cours des trois prochains jours, aucune personne à la peau blanche ne traversera mon champ de vision.

Peu importe que la qualité de la route laisse à désirer. Les petites maisons en bois sur pilotis éparpillées à gauche et à droite de la route à chaque 300 mètres et les champs de riz en escalier (ici, le riz sera récolté dans environ un mois, les champs sont d'un vert immaculé) accaparent toute mon attention.

Soudain, apparaît devant moi la majestueuse rivière noire tout en bas de la route. Le plan d'eau est immense et spectaculaire. Nous arrivons à la berge sans avoir croisé un autre véhicule sur la route de terre. L'endroit est désert, ce qui ajoute grandement au charme du trou.

Il n'y a pas de quai. Un bateau nous attend sur la berge à la terre orange-rouille. L'embarcation qui nous attend est dans la même palette: un beau rouille saignant. Il a des trous causés par la rouille sur le pont du bateau. Pas vraiment le type de bateau que l'on emprunte en croisière tout inclus... Va-t-on se rendre de l'autre côté? Le moteur du bateau est un moteau de tracteur reconverti en moteau à bateau, l'engin est un produit du génie du recyclage vietnamien! Pendant que le pilote tente tant bien que mal de faire démarrer son moteau de F1, je dois m'affairer à éloigner le bateau du rivage en poussant sur une tige de bambou dans la vase visqueuse et rouillée. De la vase à l'infini. Le bâton s'enfonce et s'enfonce. Le bout dans mes mains devient de plus en plus court. Je me rapproche dangereusement d'un beau triple vrille avec double saut périlleux arrière face première dans la vase quand le moteur se décide à partir...

La rivière et ses dizaines de bras/tentacules sont entourés de montagnes et il n'y a personne sur le plan d'eau. Seuls au monde. L'endroit est parfait pour avoir le silence absolu. Mais avec ses 130-135 décibels bien lourds, Godzilla, surnom donné au moteur, détruit un peu mon fantasme.

Dans les circonstances, la balade en kayak en après-midi cadre un peu plus dans la logique de l'endroit. Pendant deux heures, seul au monde sur cet immense plan d'eau, voguant d'un bras à l'autre à la découverte des rares traces de civilisation sur les flans de montagne.

Après une nuit dans la maison sur pilotis de l'habitant hmong, place à la découverte des champs de riz de Mai Chau en vélo de montagne. Champ après champ, lot plus vert que le précédent après lot plus vert que le précédent. À perte de vue. La vallée est entourée de formations karstiques.

Tata comme je suis, je me dis qu'il faudrait bien que j'aille marcher dans le champ de riz, pour admirer le tout d'un peu plus près. Chaque lot est séparé par une bande de pelouse sèche surélevée. Je marche sur une bande de pelouse entrecoupée, sur une distance d'environ 10-15 pieds, d'un trou de boue avec un peu d'eau. Après un premier pas facile, je tente une deuxième enjambée. Malheur, le terrain d'apparence solide cède sous le poids de mes 155 livres. Je cale dans la boue jusqu'à la cheville. No big deal, quatre autres pas et je suis sorti du bourbier. Calvaire. Le pas suivant est une catastrophe, je cale jusqu'à la mi-mollet sur la droite et ensuite sur la gauche. Je tente de me sortir de ma marde (sens propre et figuré). Je tire tellement fort sur ma jambe gauche que je perds l'équilibre et mets carrément le pied et la main dans les plantes de riz submergées. Je viens de tuer net, frette, sec au moins six plans. L'éléphant dans un magasin de porcelaine, c'est moi. Sauf que ça devrait plutôt être: le gros cave dans le champ de riz qui écrase les semences sur lesquelles les habitants travaillent depuis au moins trois mois.

Crotté comme un cochon, je réussis finalement à quitter le champ maudit. Je vais ensuite rejoindre mes proches cousins du règne animal, mes amis les canards, dans un trou d'eau sale (le seul dans les environs) pour essayer de faire disparaître les cinq livres de boue collées sur moi. Je rêve d'un savon... qui n'existe malheureusement pas dans mon espace-temps.

Après m'être décrotté (ne pas confondre avec laver... laver signifie être propre... dans mon cas, c'est plus enlever le surplus de marde), pourquoi ne pas se taper un trois heures de marche en montagne dans la jungle par 35 degrés? But de l'opération, traverser la montagne pour aller du village hmong à un village habité par des thai blancs (autre minorité de la région). Quelques mètres après avoir quitté le village hmong, nous nous enfonçons dans l'épaisse jungle. Bonne nouvelle, qui dit jungle dit arbres joufflus et beaucoup d'ombre. Mauvaise nouvelle, c'est probablement dans cette forêt que Dieu a créé le concept d'humidité il y a quelques milliards d'années.

L'ascension est constante et n'accorde aucun répit. Après 30 minutes de montée, je vis une première: j'ai tellement chaud que je suis désormais incapable de dire s'il fait chaud ou froid. J'ai perdu la notion de sensation à la chaleur. Mon corps vient de fermer la switch. Mais il vient d'en ouvrir une autre: celle de la sudation extrême. Je me suis transformé en robinet dégouttant par terre. Je suis capable de régler tous les problèmes d'apprvisionnement en eau sur terre avec ma sueur. La palette de ma casquette devient mon squeegee. J'enlève le surplus d'eau de l'intérieur de mes bras avec la palette de ma casquette. La rivière d'eau sur ma palette fait deux pouces de large par trois pouces de long. Je passe du bras gauche au droit à chaque dix secondes. Ma palette ne suffit plus à la demande. Mes avant-bras se remplissent d'eau en dix secondes. Je sens les goutelettes tomber le long de mes jambes et poursuivre leur chemin vers mes chaussettes et chaussures de marche encore bien boueuses. Chaque fois que je m'arrête pour boire de l'eau, c'est le même modus operandi et le même résultat.

N'allez pas croire que je n'apprécie pas la marche. Au contraire. De un, je suis sur le bord de me suer le pancréas par les pores de la peau; ça fait donc longtemps que toutes les toxines ont quitté mon corps. Et de deux, je sens tellement le Bas-du-Fleuve qu'il n'y a vraiment aucune chance que je me fasse piquer. J'ai une aura de puanteur de 15 mètres autour de moi. An insect-free zone, n'importe quand!

Réflexion de même alors que je suis sur le point de suer des ongles: le gars du village thai qui se fait demander "chez vous ou chez nous?" par une fille du village hmong dans le bar du village hmong a intérêt à répondre chez vous parce que l'envie de faire des bébés risque sensiblement de disparaître après avoir marché le sentier.

Nous arrivons enfin dans le village après trois heures de marche. Le niveau d'humidité n'a pas bougé d'un poil. Tous les chiens jappent après moi, ils sont tous agressifs. Probablement qu'ils n'ont jamais rencontré un être aussi puant. Mais il fait tellement chaud qu'ils n'ont même pas l'énergie de me courir après. La langue à
terre. C'est beau, j'ai compris. Je vais aller me laver et cacher mes chaussures de marche de sorte qu'aucun être vivant ne meure d'asphyxie au contact olfactif de mon mélange toxique.

J'ai initialement confiance qu'ils vont finir par sécher. Mais mon niveau de confiance chute radicalement quand je constate que je suis incapable de sécher après m'être lavé.

Après une deuxième nuit dans la maison de l'habitant, une autre splendide demeure au plancher de bambou où les invités couchent sur le plancher de la salle commune, nous reprenons la route à pied. But de l'opération, traverser d'autres villages thai et des millions de champs de riz. Encore une fois, la beauté du paysage (champs de riz à l'infini et maisons de bois dispersées dans les terres) est renversante.

Malheureusement pour moi, mes chaussures n'ont pas séché d'un poil au cours de la nuit. Ça fait un beau "squiche, squiche" quand je les enfile. Nous quittons le village à 8:00 AM. Le thermomètre oscille déjà autour de 30 degrés et il n'y a aucun nuage à l'horizon. Un soleil de plomb. Aucune brise whatsoever. Nous marchons dans un four. Nous passons d'un village à l'autre. Les habitants nous accueillent toujours avec le traditionnel "Xin Chao" (bonjour). Les buffles arrêtent de brouter la pelouse quand nous passons à leur hauteur et les canards se réfugient toujours dans les champs de riz quand ils entendent nos pas menaçants. Mais dans la troisième heure du pèlerinage, ces aspects hier si charmants perdent aujourd'hui un peu de leur attrait. Malheureusement.

Et contrairement à la veille, je ne sue pas. Avec ce soleil de feu, le tout s'évapore à une vitesse incroyable. L'eau, nous l'avons toute bue et aucun endroit dans les environs pour en acheter. Les crampes aux jambes s'en viennent inévitablement. Heureusement que j'ai ma casquette sale. Sans elle, c'est l'insolation à coup sûr. Même la guide vietnamienne, d'ordinaire si volubile, est silencieuse comme une tombe. Elle conserve ses énergies pour la marche... Chaque pas devient de plus en plus lourd. Ça y est, Sven va mourir d'un coup de chaleur.

Non, Sven ne va pas mourir. Intervention divine.

Je baisse le tête... wow, mes chaussures sont sèches! Et rewow, j'entends les klaxons des voitures. Nous sommes arrivés, le trajet de trois jours est terminé.

Quand recommence-t-on? Anytime!

jeudi 29 avril 2010

L'art d'offrir du bon service


Les touristes étaient amèrement déçus. Pourtant, ils venaient de faire leur BA quotidienne en encourageant An Phu Tourist, un petit tour opérateur, au lieu de Sinh Café, un gros tour opérateur.

C'est souvent une question que l'on se pose en voyage. Qui encourager? Le petit tour opérateur, An Phu, qui tente de devenir gros. Ou le gros tour opérateur, Sinh Café, une compagnie établie depuis plusieurs années et qui a probablement la meilleure réputation au pays.

Et ce matin, pour le trajet Mui Ne - Dalat, nous avons tous décidé d'opter pour le petit au détriment du gros. Mais les touristes ont regretté leur choix... ce que les gens peuvent devenir capricieux dans la vie. Pourquoi?

Parce qu'il y avait plus de gens dans l'autobus que le nombre de places disponibles. Ce n'est pas parce qu'on est 40 dans un autobus qui contient 32 sièges qui a nécessairement un problème. Oui, il y avait des gens assis dans l'allée, une petite fille de 5 ans qui a passé le trajet de six heures debout et un couple qui a du passer par la porte du conducteur pour entrer dans le bus parce le passage normal était obstrué par un un mur de sac à dos de quatre pieds pour se rendre compte qu'il n'y avait qu'une place devant (et la fille a passé le trajet sur les genoux de son copain... il fallait bien que ces deux-là aient un peu de contact humain... c'est important le contact humain).

Mais calculer le nombre de passagers à embarquer selon le nombre de sièges disponibles dans un bus est parfois difficle... c'est compliqué les maths! Et en plus, si An Phu veut devenir aussi gros que Sinh, il faut bien qu'elle rentabilise ses voyages.

Et les quatre pieds de bagages? Les gens faisaient la moue parce qu'il y avait environ quatre pieds de bagages dans les allées et sous nos pieds parce que le coffre du bus pouvait contenir environ 12 sacs à dos alors que nous étions 40 dans le bus. Encore une fois, tout dépend de la perspective et il faut voir derrière toute cette opération qui semblait broche à foin une stratégie brillante. Si vous avez votre gros sac à dos sous vos pieds ou dans l'allée et votre petit sac sur vous, personne ne vous le volera... à moins que vous soyiez le pire "toe cap" de la terre.

Et il s'agit également d'une mesure visant à assurer la sécurité des passagers. Certains pourraient dire que ce n'est pas idéal pour la circulation sanguine d'etre assis pendant six heures dans la position foetus (les genoux collés sur le banc avant et les genoux à la hauteur du menton et incapable de bouger). Tous les docteurs vous diront que retrouver la position foetus, meme de manière forcée, est excellent pour le cortex. Deuxièmement, le fait d'écraser votre vessie et de la rendre la plus petite possible vous coupe l'envie de pisser assez solide.

Et troisièmement, ah oui la sécurité, je m'égarais avec ces trucs médicaux. Selon vous, que se passe-t-il quand il y a un accident dans un autobus où tous les passagers sont libres de leurs mouvements et qu'il y a de l'espace partout? On fait des tonneaux et tout le monde se retrouve "revole" (du verbe revoler) et tout le monde se blesse. Deuxième question, que se passe-t-il dans la boite de sardines quand il y a un accident? Rien parce qu'aucune sardine ne peut bouger! Ici, le mur de Berlin de sacs dans l'allée était évidemment pour nous empecher de bouger et de se blesser dans l'eventualité d'un accident. Fallait y penser!

La frustration initiale passée, nous prenons l'autoroute en direction de Dalat dans un silence complet parce que pratiquement tout le monde s'endort... la preuve par 1000 que ce conpect de bulle et d'espace vital est un concept occidental bien superficiel...

Mais ce silence n'a pas duré très longtemps. Parce que les touristes ont recommencé à chialer, cette fois à cause de la route. Vous connaissez tous les nids de poule. Mais connaissez-vous les nids de boeuf? Un nid de boeuf, c'est un trou dans la route assez gros pour faire fitter un boeuf... vous mettez feu La Poune debout dans un nied de boeuf et elle disparait complètement. Personnellement aucun souvenir d'avoir vu des trous aussi gros dans la route... un champ de trous sur 15 kilomètres que nous traversons en une environ une heure. Je pensais que les touristes seraient contents de voir que le mur de sacs éviterait le brassage de grelots. Mais non, les touristes ont critiqué malgré tout. Oui, on avait éliminé les mouvements de bas en haut, mais ils en voulaient maintenant aux mouvements gauche-droite.

Mais les touristes étaient plus enclins à critiquer qu'à voir l'histoire du pays sous nos pieds. Des routes bombardées par les Américains pendant la guerre, il n'en reste plus des tonnes. Ne manquaient que les éclats d'obus le long de la route et ce retour en arrière dans les années '60 aurait été parfait, mais reste qu'il fallait savoir apprécier cette page d'histoire...

Et pendant que les touristes continuaient de maugréer, j'en demandais plus... il fallait bien que ce périple devienne un classique. Que se passe-t-il quand vous venez de rouler dans un champ de mines à vous faire "shaker le bonbon" pendant une heure et qu'il fait environ 40 degrés à l'extérieur et qu'il n'y a pas d'air climatisé dans le bus? Chances are, quelqu'un va exploser. Et comme par magie, nous entendons un solide "beurahheauuurrrhh": un passager vietnamien qui nous chante la symphonie du bonheur tout en se vidant le corps d'un solide 45 gallons de vomi bien jaune (léger teint de jaune banane pour les amateurs de palettes de couleur Sico). Bien évidemment, le chauffeur aurait pu stopper le bus le temps que notre ami termine son chant rythmé. Mais tant qu'à offrir un excellent service à la clientèle, pourquoi stopper le bus pendant que quelqu'un se vide le corps alors que nous traversons un autre champ de cratères? Encore une fois, j'aurais pu critiquer la stratégie comme l'ont fait certains. Mais encore une fois, j'ai compris la stratégie du chauffeur. S'il a agi de la sorte, c'est pour que les bosses aident notre ami à livrer la totalité de sa marchandise... il aurait été bien dommage que notre ami ne se vide pas totalement pour aller revomir et le refaire souffrir 15 kilomètres plus loin...

Et quand le chauffeur a décidé à la sortie d'un village de stationner le bus le long de la route avant de sortir du véhicule et disparaitre dans une ruelle pendant un bon 25 minutes? Certains ont vu dans ce geste une autre preuve d'abandon du chauffeur. Mais il n'en était rien. Il ne nous a pas laissés poireauter pendant pendant 25 minutes, il était allé chercher trois énormes boites de biscuits. Une petite collation pour nous récompenser pour le trajet.

Malheureusement, le chauffeur a oublié de nous donner nos biscuits à la sortie de l'autobus...

Quoi? Personne n'est parfait.

samedi 24 avril 2010

Respect the rice!


Je ne vous apprendrai probablement rien en vous disant que le Vietnam est un pays où le culture du riz est des plus importantes. Après la Thaïlande, le Vietnam est le deuxième plus grand exportateur de la céréale au monde.

Ces énormes quantités de riz proviennent essentiellement de deux régions: tout au nord et tout au sud. Dans les régions montagneuses du nord, on récolte le riz deux fois par an. Dans le sud, dans le delta du Mékong, ce fleuve qui puise sa source dans les glaciers de l'Himalaya, c'est trois fois par an... et quatre fois les bonnes années.

Ici, ce qui épate le plus n'est pas le riz que les habitants du pays mangent quotidiennement, mais bien les multiples utilisations que les gens en font, et ce, depuis des centaines et des centaines d'années.

Tout le monde connaît la feuille de riz et le papier de riz. Les dérivés de ce produit sont multiples: nouilles de riz pour les pho (que l'on appelle soupe tonkinoise au Québec), feuilles pour les rouleaux de printemps, entre autres.

Lait de riz et fécule de tapioca entrent dans la composition de cette préparation blanchâtre que l'on cuit grâce... au riz! Ou à la cosse du grain de riz pour être plus précis. Une fois séparée du grain, la cosse n'est pas jetée aux ordures. Non madame! Elle est utilisée pour alimenter le feu (pas de bois ici, uniquement des millions de cosses séchées) qui sert à cuire les feuilles de riz. Ingénieux, non?

Mais le tour de magie ne s'arrête pas là. Une fois noircies et brûlées, on pourrait croire que la vie des cosses est terminée. Re non madame! Une fois bien en cendres, les cosses sont utilisées comme engrais! On n'arrête pas le progrès.

Et le plus ironique dans tout ça, c'est que l'engrais cendré se vend plus cher que la cosse non brûlée.

Yeap, respect the rice!

dimanche 18 avril 2010

Tranche de vie beurrée épais avec le beurre d'un gars qui n'avait pas toute sa tête

Le scénario est un classique, celui dont tout le monde rêve: rencontrer l'étranger (étrangère) parfait (e) par hasard au tableau d'affichage des vols à l'aéroport avant de retrouver assis à côté de cette même personne une fois dans l'avion. Le destin qui frappe et c'est pour la vie...

J'ai rencontré l'Étranger à l'aéroport lors de mon escale à Beijing avant d'arriver au Vietnam. Mais aucune chance que la relation se poursuive à long terme. À Beijing, ce n'est pas l'étranger parfait que j'ai rencontré, mais plutôt le "toe cap" suprême.

Quand j'ai vu Toe (c'est quand même charmant comme prénom, Toe) réagir devant le tableau d'affichage des vols comme s'il venait de gagner le million (alors qu'il venait de découvrir le numéro de sa porte d'embarquement), je me suis dit qu'il y avait probablement une vis "slack" quelque part entre son oreille gauche et son oreille droite. Et quand il a ouvert la bouche, j'ai su que toutes les vis de la rangée étaient "slack".

La teneur du discours de Toe ne laisse aucun doute: le gars est fêlé solide! Toe dit qu'il doit fuir l'Amérique du nord et s'enfuir au Vietnam chez un ami parce qu'il est pourchassé par les hippies de Portland. Pourchassé par des hippies? Pourtant, sont très gentils, les hippies.

La réponse parfaite à une telle affirmation? Je ne sais pas, mais c'est sûrement plus brillant que mon : Euh?!?

Toe enchaîne: il est pourchassé par les hippies parce qu'il vient de les balancer à la police parce qu'ils sont à la tête d'un traffic de drogue. Évidemment, j'aurais dû m'en douter...

Au cours de l'explication sur les hippies de Portland, j'apprends aussi que le gouvernement (lequel, ça, ça n'a pas été précisé par Toe) tente de cacher la vérité sur une planète cachée derrière la planète Mars et dont le nom contient beaucoup trop de X et de E (un truc du genre ExxEXectsx).

J'enchaîne avec un autre délicieux euh?!?. En fait, j'aurais pu poser une question, mais le monologue de Toe était tellement intense que je ne voulais en aucun cas "scrapper son punch". Et je quitte mon nouvel ami pour aller démêler tout ça pendant quelques heures... en pensant bien l'avoir semé pour de bon. Mais le destin, c'est le destin... et "vlà-ti-pas" que Toe vient s'asseoir à mes côtés dans l'avion... la même rangée. Évidemment!

Mais Toe ou pas, je suis claqué et je m'endors immédiatement... Je ne payais rien pour attendre. Au réveil, Toe est déterminé à reprendre ses histoires dont la logique, la clarté, la pertinence sont le fil conducteur. Parce que Toe est tenace et il veut répandre la bonne nouvelle.

- Hey Dude, mon meilleur ami, qui est le plus grand mangeur d'huîtres au Canada (déjà, ça part mal en ta...) s'en va au Mexique. Et comme il sera proche des États-Unis, je lui ai demandé s'il irait en Californie. Et tu ne devineras jamais ce que mon ami m'a répondu?

-Euh?!?

-Il m'a dit que jamais de sa vie il n'irait en Californie. Dude, il est Canadien mon ami et jamais il n'ira en Californie.

-Euh?!?

-Dude, n'est-ce pas la chose la plus cool que tu n'aies jamais entendue? (+rires déplacés et interminables).

-Euh?!?

Oui, j'ai encore une fois répondu euh?!?. Mais si vous savez ce que j'aurais dû répondre à ça, please, let me know. J'aimerais avoir l'air intelligent la prochaine fois que je rencontrerai Toe... parce que je ne suis pas sûr d'avoir fait une bonne première impression.